Éliminés en seizièmes de finale par une Suisse clinique (2-0), les Verts rentrent d›un Mondial-2026 record en termes de dotations. Mais entre le barème historique de la FIFA et l›appétit du
fisc américain, la Fédération algérienne de football touchera nettement moins que les 13,5 millions de dollars annoncés sur le papier. (PAR NAZIM BESSOL)
Après avoir brisé pour la première fois de son histoire le plafond de verre, de la phase de groupe en 2014 au Brésil, huit ans après l’équipe nationale conduite par Vladimir Petkovic, est complètement passée à côté de ses 1/16es de finale, vendredi 3 juillet, à Vancouver (Canada). Sur la pelouse du BC Place, l’Algérie referme son Mondial-2026 sur une défaite sans appel (2-0) face à une Nati pragmatique, auteur d’un but à chaque début de période. En cinq participations à une Coupe du monde, les Verts n’auront toujours pas gagné le moindre match à élimination directe. Sportivement, la sanction est nette. L’euphorie du retour du onze national sur la scène mondiale douze ans après, a vite laissé place à une déception qui n’a d’égale que les grosses attentes de ses supporters. Un traumatisme digne des pires épisodes de cette EN. Financièrement, en revanche, l’aventure nord-américaine rapporte gros à la FAF — même si le montant final qui atterrira dans les caisses de la fédération sera sensiblement inférieur à ce que les barèmes officiels laissent penser et aux sommes annoncées ici et là comme pour absorber et atténuer une sortie jugée « humiliante » de la Coupe du monde 2026.
Un mondial hors normes pour les finances de la FIFA
Voulu et « imposé » par le président de la FIFA, Gianni Infantino, la Coupe du Monde -faute de pouvoir se jouer tous les deux ans, comme l’avait proposé l’Arabie saoudite- est passée de 32 à 48 équipes. Un format qui a fait exploser tous les compteurs en termes de revenus. La FIFA distribue cette année une enveloppe totale de 871 millions de dollars aux fédérations participantes, contre 440 millions quatre ans plus tôt au Qatar. Le vainqueur du tournoi empochera à lui seul 50 millions de dollars de prime de performance, auxquels s’ajoutent 2,5 millions de frais de préparation versés à chacune des 48 nations qualifiées, quel que soit leur parcours. Cette évolution a surtout créé un palier inédit : les seizièmes de finale, tour supplémentaire rendu nécessaire par l’élargissement du tournoi. Une équipe sortie à ce stade — le cas de l’Algérie — touche 11 millions de dollars de prime de performance, à ajouter aux 2,5 millions de frais de préparation communs à toutes les nations. Total brut pour la FAF : 13,5 millions de dollars, soit environ 12,4 millions d’euros.
Une fédération sans filet fiscal
Mais selon que les équipes aient disputé en majorité ou en partie leurs matchs sur les territoires américains ou en-dehors, l’addition n’est plus du tout la même. Contrairement au Canada et au Mexique, qui ont accordé une exemption fiscale aux fédérations participantes disputant des matchs sur leur sol, les États-Unis n’ont d’un premier temps consenti aucune concession équivalente aux 48 associations nationales. D’après un article KPMG , en juin 2026, la FIFA a toutefois obtenu du Trésor américain la possibilité, pour les fédérations qui en font la demande, de solliciter un statut d’exonération fiscale fédérale au titre de la section 501(c) du code des impôts américain. Cette option n’est ni automatique ni garantie : chaque association nationale doit l’activer elle-même. Or, l’Algérie ne dispose d’aucune convention fiscale bilatérale avec les États-Unis. À ce jour, rien n’indique que la FAF ait engagé une démarche pour obtenir l’exonération négociée par la FIFA et le Trésor américain. En l’absence de communication officielle de la part de la Fédération algérienne de football (FAF), de façon générale et particulièrement lorsqu’il s’agit de gros sous et en l›absence de convention et de démarche connue, c’est donc le régime par défaut qui devrait s’appliquer à la FAF. Une retenue fédérale automatique de 30 % sur la part des gains rattachés à des matchs joués en territoire américain, soit les trois matchs de groupe : Argentine-Algérie et Algérie-Autriche à Kansas City (Missouri), Jordanie-Algérie à Santa Clara, en Californie. Seul le seizième de finale perdu face à la Suisse a eu lieu hors du territoire américain, à Vancouver, donc dans la zone d’exemption canadienne.
Une double imposition
En parallèle, les villes hôtes, elles, appliquent un autre impôt, le « Jock Tax », relatif aux prestations réalisées sur son territoire. Il ne concerne pas les revenus de la fédération, mais touche directement les revenus des joueurs. Selon nos informations, l’Etat du Missouri (Kansas City) : impose une retenue spécifique de 2 % sur les non-résidents «entertainer» (catégorie qui inclut les athlètes) au-delà de 300 $ de rémunération, retenue que le lieu de spectacle doit prélever et reverser au département du Revenu du Missouri. Kansas City ajoute même sa propre couche : la ville impose une taxe locale de 1 % sur les revenus gagnés en ville par les non-résidents. En Californie (Santa Clara) : c’est l’un des taux les plus élevés du tournoi — 13,3 %, calculé au prorata des jours de service « duty days » passés en Californie rapportés au total des jours de service sur toute la période. Ainsi, tout membre du staff de quelque niveau que ce soit est tenu de verser la « Jock Tax » sur ce qu’ils gagnent (salaires, primes de match, sponsoring), lorsque la fédération elle-même n’est pas concernée. Mais l’exonération fédérale d’une fédération ne change rien pour les joueurs — les athlètes non-résidents restent imposables quel que soit le statut fiscal de leur fédération. Autrement dit, même si demain la FAF obtient le statut d’exonération 501(c) pour sa propre prime FIFA, cela ne protégerait pas Mahrez, Petkovic ou le staff sur les primes que la FAF elle-même leur reverse.
Les joueurs, les plus pénalisés
En ce sens, les joueurs et membres du staff sont plus pénalisés que la fédération en
tant qu’instance. Ils sont tenus selon la loi américaine de déclarer et payer un impôt d’Etat 2 % dans le Missouri et de 13,3 % en Californie, mais aussi et surtout l’impôt fédéral de 30 %, sur les revenus (per diem et primes) perçus durant la Coupe du Monde 2026 ! Soit, prêt de 45 % de taxes sur les primes négociées par les joueurs et les membres du staff, sous peine de se mettre sous le feu du département du trésor américain ! Bien que la ville canadienne de Vancouver ait accepté l’exception de fiscalité pour les fédérations, un régime potentiellement équivalent à celui des Etats-Unis, peut être appliqué pour les individus. C’est ce que précise un rapport Greenback cité par plusieurs médias. Ce dernier souligne qu’un traité fiscal protège seulement l’impôt fédéral, jamais les taxes d’État — un joueur peut être totalement exonéré fédéralement tout en devant 13,3 % à la Californie. Pour un pays sans aucun traité comme l’Algérie, l’addition est donc double peine : pas de protection fédérale, et la taxe d’État en plus.
De 13,5 m$ sur le papier, 10,46 m$ dans les faits
En appliquant la règle d’allocation retenue par les autorités fiscales nord-américaines — une répartition au prorata du nombre de matchs joués dans chaque pays hôte — les trois quarts des gains de la FAF (soit 10,125 millions de dollars) relèvent fiscalement des États-Unis, contre un quart (3,375 millions) rattaché au Canada, exonéré d’impôt. Sur la part américaine, la retenue fédérale de 30 % applicable par défaut ampute la somme de plus de 3 millions de dollars (3,0375 millions très exactement). Au final, le montant net qui devrait revenir à la FAF avoisine les 10,46 millions de dollars, soit environ 9,63 millions d’euros au cours actuel — contre 12,4 millions d’euros annoncés bruts. Un manque à gagner d’environ 22,5 % par rapport au montant affiché dans les barèmes FIFA. Ce chiffre pourrait toutefois être revu à la baisse, dans le bon sens pour la FAF, si la fédération a discrètement engagé — ou engage encore, le dossier n’étant pas nécessairement clos — une demande d’exonération au titre de la section 501(c).
Les deux hypothèses
Dans ce cas de figure, seule une partie de la ponction fiscale s’appliquerait, voire aucune. Faute de communication officielle sur le sujet, l’hypothèse la plus prudente reste celle du régime par défaut, la plus défavorable à la fédération. Cette estimation ne tient pas compte d’éventuelles taxes d’État (Missouri, Californie), qui dans le système fiscal américain ciblent surtout les revenus individuels des joueurs et du staff plutôt que les fédérations elles-mêmes. Elle repose sur l’hypothèse la plus défavorable — l’absence de démarche d’exonération — faute d’indication contraire à ce jour.
– NAZIM BESSOL
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